Depuis plus d’un siècle, la tour Eiffel est un symbole mondial du progrès scientifique et de l’ingéniosité humaine. Pourtant, jusqu’à aujourd’hui, cette histoire s’est racontée presque exclusivement au masculin. Cela est sur le point de changer. En janvier 2026, une initiative historique a été officiellement présentée à la Ville de Paris : l’inscription de 72 femmes scientifiques sur la tour Eiffel, offrant enfin une reconnaissance publique à des femmes dont les contributions ont façonné la science en France et bien au-delà.
Ce projet est le fruit de plusieurs années de travail mené par l’association Femmes & Sciences, avec un fort soutien institutionnel du CNRS. Né du constat de l’absence symbolique des femmes sur le monument, il vise à corriger ce que les historiens appellent « l’effet Matilda », c’est-à-dire l’invisibilisation systématique des contributions scientifiques des femmes. Aujourd’hui, la tour Eiffel affiche les noms de 72 scientifiques hommes, choisis par Gustave Eiffel lui-même, gravés en lettres dorées au premier étage. Ces noms célèbrent l’optimisme scientifique de la fin du XIXᵉ siècle, mais reflètent aussi les biais de genre de cette époque.
À l’origine, le projet proposait d’inscrire 40 femmes scientifiques au deuxième étage de la tour. Toutefois, après une étude approfondie menée par une commission pluridisciplinaire, la recommandation a évolué vers une ambition bien plus forte : inscrire 72 femmes scientifiques au premier étage, directement au-dessus des noms masculins existants, en utilisant la même technique et les mêmes lettres dorées. Cette approche permet de préserver l’esthétique et la valeur patrimoniale du monument tout en envoyant un message fort d’égalité.
La commission réunissait des experts du patrimoine, des historiens, des institutions culturelles, des descendants de Gustave Eiffel ainsi que des scientifiques de premier plan liés au CNRS. L’objectif n’était pas seulement symbolique : il s’agissait aussi de garantir la rigueur historique et l’impact éducatif du projet. Deux principes ont guidé la sélection des noms : les femmes devaient être françaises ou avoir entretenu un lien scientifique étroit avec la France, et elles devaient être décédées. Contrairement à la liste masculine du XVIIIᵉ et du XIXᵉ siècle, cette sélection couvre une période beaucoup plus large, incluant des pionnières du XXᵉ et même du XXIᵉ siècle.
Parmi les 72 femmes retenues figurent des personnalités mondialement connues, comme Marie Curie, double lauréate du prix Nobel, mais aussi de nombreuses scientifiques moins célèbres dont les travaux ont été tout aussi essentiels. Mathématiques, physique, biologie, médecine, ingénierie, informatique : la liste reflète la diversité exceptionnelle des domaines scientifiques dans lesquels les femmes ont excellé, souvent malgré d’importants obstacles sociaux et institutionnels.
Le CNRS a joué un rôle central dans le soutien à cette initiative, en veillant notamment à ce que les organismes nationaux de recherche soient consultés lors du choix des noms. La validation finale a impliqué l’avis de l’Académie des sciences et de l’Académie des technologies. Le 26 janvier 2026, la liste complète a été officiellement remise à la maire de Paris, Anne Hidalgo, marquant une étape décisive vers la concrétisation du projet.
La tour Eiffel étant un monument historique classé, des procédures administratives et légales sont encore nécessaires avant que les inscriptions ne puissent être réalisées. Une fois les autorisations obtenues, le projet sera accompagné d’un vaste programme culturel et éducatif. Expositions, supports pédagogiques et actions de médiation viseront à sensibiliser le grand public — et en particulier les jeunes filles — afin de leur permettre de se projeter dans des carrières scientifiques.
Bien plus qu’un geste symbolique, cette initiative transforme la manière dont l’héritage scientifique est présenté dans l’espace public. En inscrivant les noms de femmes scientifiques aux côtés de ceux des hommes, la tour Eiffel racontera enfin une histoire plus complète et inclusive de la science : une histoire qui reconnaît le génie, la persévérance et l’innovation, sans distinction de genre.